lundi 25 juillet 2016

" SI TU N'AS PAS VU ROTH, TU N'AS RIEN VU "

ROTH ? Mais qu'est ce que cette chose là ? Roth (rôat) est une petite ville de 25,000 habitants du fin fond de la Bavière dont le nom sonne comme une onomatopée très gutturale que pourrait faire un fumeur de gauloise pour s'éclaircir la gorge. Présentée ainsi, cette destination n'a rein de très avenante.

Sauf que Roth c'est une ville et une région qui se mobilise chaque année depuis 1985 pour organiser un triathlon longue distance dit "Iron Man" (3,8km de natation, 180km de vélo et 42 km de course à pied). Il y a certes chaque année des dizaines de triathlons de ce format en Europe mais celui là est particulier en raison de son histoire et surtout de son public.

Fort des récits des quelques rares téméraires du club qui ont été jusqu'en Bavière je décide de me jeter dans l'aventure il y a plus d'un an. Le terme "aventure"n'est pas usurpé car comme dans une chasse au trésor il faut trouver la carte, les clés du coffre, affréter un navire, constituer un équipage avant de se rendre sur l'île au Trésor.
Non, aller à Roth ça ne s'improvise pas et il y a de nombreux écueils. Quelques jours après l'épreuve 2015 le processus d'inscription 2016 est lancé et il faut être dans les starting blocks un an avant pour espérer avoir un dossard. En moins de 2 minutes 2500 places sont vendues sur le site. Heureusement pour moi il y a aussi 1000 places vendues tôt le matin le lendemain de l'épreuve. Bertrand a eu la gentillesse de me prendre un dossard pas ce biais. Au final nous nous retrouvons à six du club inscrits pour Roth 2016. Une fois l'inscription en poche il faut aussi réserver l'hébergement, choisir le moyen de transport et son équipe technique. Fort de l'expérience de Bertrand (je vous invite à lire son CR) je décide de (i) prendre un hotel sur Nuremberg, de (ii) m'y rendre en voiture avec (iii) Anne qui sera le temps d'un week end tout à la fois mon "coach", assistante technique, chauffeur et supporteur.

En guise de préparation je programme le marathon de Rome (NB Il est plutôt déconseillé de faire un marathon avant un Iron Man mais l'épreuve de Roth est assez tard dans la saison. J'espère donc avoir assez de temps pour l'entrainement en vélo), puis deux Half Iron Man à Deauville et Beauvais à 15 jours d'interval. Autant le marathon a été une étape positive et importante pour m'obliger à travailler vitesse et endurance que les sensations n'ont pas été très bonnes à Deauville même si l'ambiance et l'épreuve était très bien. A Beauvais les sensations étaient un peu meilleures mais je n'ai toujours pas le sentiment d'être prêt.
J-15 avant Roth je fais un dernier gros WE de 3 jours d'entrainements dont une sortie vélo seul de 195km jusqu'au Andelys en Normandie qui ne m'a pas du tout rassuré sur ma préparation vélo. Certes l'endurance est là mais à aucun moment de la saison je n'ai eu de bonnes sensations. Je sais que je suis prêt mais je ne suis pas au seuil de mes capacités. Quand je vois l'entrainement draconien des copains de la section je me dis que je vais avoir du mal à suivre le rythme dans 2 semaines.

Après un long voyage en voiture (apparement les autoroutes allemandes sont beaucoup en travaux pendant l'été) avec Anne nous allons directement le vendredi soir chercher le dossard à Roth avant de rejoindre notre hôtel sur Nuremberg à 20 km.

La journée de samedi passe finalement assez vite. Reconnaissance de lieus, préparation des sacs transitions, montage et test du vélo, déposer le vélo et le sac de transition course à pied,... Anne a endossé son rôle de coach et elle m'aide à préparer mes affaires, vérifier les derniers réglages, faire le taxi d'un point à l'autre et aussi me rassurer car je suis fébrile comme si c'était mon premier Iron Man. Le parc à vélo est rempli de modèles contre la montre hyper profilés. On se croirait au salon du Bourget quand les avions de transport laissent la place aux avions de chasses type F16, Rafales et autres Mig. Il y a 80% de montures hors normes. A cet instant, je pense qu'avec mon fidèle destrier ça va être dur de ne pas se laisser distancer.


Illustration en images ! 
Anne essaye tant bien que mal de minimiser. Bertrand envoie aussi un message sur WhatsApp "best à vous 6, ne vous laisser pas impressionner par le matos ou l'attitude des golgoths autour"

Bon... me voilà donc replongé en 1980 à la sortie de Goldorak qui doit usé de courage et de supers armes pour terrasser les Goths les Golgoths. On verra demain dans la bataille ...



Retour à l'hôtel sur Nuremberg, Anne prépare aussi ses affaires de supportrice.

Kit du supporter remis en même temps que le dossard. 
La "granny smith" est à l'honneur. 

Dimanche 17 Juillet.
- Levé 3:45 puis petit déjeuner à l'hôtel qui est bien garni. La salle est remplie de triathlètes, arbitres et de volontaires. 
- 4:15 départ pour Hipolsteim (à 10km de Roth au départ de la course). Hormis quelques ralentissements nous sommes sur site assez rapidement grâce aux nombreux volontaires et policiers pour fluidifier la circulation et accéder au parking.
- 5:30 Je quitte Anne à l'entrée du parc à vélo et zone de transition qui est réservée aux athlètes. La foule est déjà bien compacte tout autour du site et le long du canal. Quelle ambiance !
Je retrouve les copains du club et faisons quelques photos:



Dans l'ordre de gauche à droite : Fabrice, Eric, Guillaume, Armel, Gawain. 
(Vincent n'est pas sur la photo.  Le 6eme UASG est déjà en train de mettre sa combinaison de natation).

- 6:15 il faut avoir déposer son "sac vélo"et être sorti de la zone de transition.
- 6:30 Top départ pour la première vague (les pros hommes et femmes, les vétérans et même quelques handicapés). Les départs se font par vague d'environ 200 personnes toutes les 5 minutes ce qui permet d'éviter les bousculades et l'effet machine à laver d'un départ en masse.
- 7:10 Top départ pour une longue journée!


La natation consiste en un aller retour dans un canal. La foule est nombreuse le long du parcours. C'est bien la première fois que l'on peut avoir des encouragements pendant la natation.
Les sensations sont bonnes. Je pars prudemment au début puis j'essaye de bien "poser ma nage". J'essaye de mettre un peu de puissance tout en gardant de la souplesse dans le geste. Il n'y a pas de bousculade et en même temps il y toujours quelques nageurs autour de moi. Que c'est reposant! Moi qui suis mauvais pour nager droit (surtout en mer), là je n'ai qu'à longer la rive du canal. Apres le demi tour, je commence à doubler quelques féminines reconnaissables à leur bonnet rose. Certaines sont même en brasse !




Les derniers 800 mètres sont un peu plus compliqués. J'ai de la buée sur les lunettes, entre le bruit de la foule sur les rives et les bateaux au milieu du canal j'ai du mal à m'orienter et de trouver la dernière bouée. Par trois fois je suis obligé de m'arrêter pour nettoyer ou réajsuter mes lunettes.
Je sorts en 1:11 plutôt content c'est quasiment dans la cible de mon objectif.

8:23 Je récupère le sac vélo et me dirige vers la tente transition. C'est pratique, chaque athlète  a quasiment un volontaire pour l'aider (vider le sac, retirer la combinaison, mettre de la crème solaire, ..). Certains se changent complètement. Comme à chaque fois je garde ma tri fonction qui sera sèche d'ici 20 minutes. Malgré l'aide j'ai un peu trainé à la transition (5minutes24secondes)

8:29 Je sors du parc à vélo. J'ai juste le temps d'apercevoir Anne.

   
Après une longue natation il faut attendre que le sang descende dans les jambes. Je me cale sur du 85 tours / minutes pour bien faire tourner les jambes et en profite pour boire et prendre des apports sucrés. Je profite aussi des encouragements de la foule qui est nombreuse dans Hipolsteim.

Le parcours vélo consiste en deux boucles de 85 km avant de finir par un aller sur Roth de 10km. Le profil de la course est très roulant et très rapide. Le revêtement est digne d'un circuit de F1. Sur la boucle il y a 2 côtes remarquables dont le fameux Solarberg situé au km70 et km140 qui se trouve juste à la sortie d'Hypolsteim.

Les ravitaillements sont placés tous les 17 km ce qui est particulièrement confortable et évite de porter trop d'eau. Après 15/20 minutes de chauffe je commence à mettre plus de puissance. J'ai encore en tête les conseils de David (surnom Hawai) sur la position en vélo. Je fais attention aux épaules et de ne pas faire "parachute" avec le dossard dans le dos.
Les sensations sont bonnes mais je ne sais pas pas trop quoi en penser. Je double beaucoup de monde dont de nombreuses femmes (il avait deux départs de féminines un peu avant le mien) est ce à dire que les voyants sont au vert ? La vitesse est effectivement rapide et bien supérieure aux 30 km/h que j'avais le plus grand mal à tenir 15 jours avant. Je règle mon compteur sur le mode tours par minute afin de caler l'effort autour de 75t/mn. Je fais attention à ne pas descendre sous les 70t/mn ce qui voudrait dire que je mets trop de puissance et donc je risque d'hypothéquer le marathon.

Le parcours défile alternant les forêts de sapins et les plaines agricoles. C'est fou de traverser des villages et de voir la foule tôt le matin déjà au bord de la route. Telle famille a installé une grande table dans le jardin pour prendre son petit déjeuner et profiter du spectacle. Cette autre groupe a mis les chaises longues et la musique. Les organisateurs ont aussi installé des "hotspots" au centre de quelques gros bourgs avec les tentes, les tables, l'animation, la bière et les wurst...


Il y a même un clown bien franchouillard au milieu des champs!



Je regarde le compteur,  le Solarberg approche (vers km 70). Sur les conseils de Guillaume, Anne s'est positionnée au début de la côte avant la grosse foule. J'aperçois Anne avec son maillot jaune fluo presque au milieu de la route. C'est incroyable, il y a plus de 20,000 personnes. La foule est très dense et le bruit assourdissant. On est littéralement porté par la foule. On a l'impression d'avoir le maillot jaune lors de l'étape du Mont Ventoux (alors que le Solargerg est tout petit). Difficile de rester concentré et de ne pas être envahi pas l'émotion. Grosse ambiance!





Sur le deuxième tour, les jambes répondent encore bien. Malgré leur vélo contre la montre et les roues pleines, je vois bien que les "Golgoths" ne sont pas tous des rouleurs. Le vent s'est levé et il y a aussi une longue portion venteuse avec un faux plat montant qu'il faut gérer. Je profite des passages en descente pour m'étirer les jambes avant de remettre des Watts. A partir du km 150 je sens que je dois lever un peu le pied si je ne veux pas aborder le marathon avec du plomb dans les chaussures.


Lors du second tour il y a moins de monde dans les "hotspots". Une grosse partie de la foule est déjà partie rejoindre la suite de la course. Sur la derniere portion de 10km entre Hypolsteim et Roth les athlètes roulent à droite tandis que des centaines de vélos et marcheurs sont sur la gauche en direction de Roth.

13:40 : Je pose le vélo après 5:13 de course soit 34,5km/h de moyenne. Résultat inespéré !

13:43 Le début du marathon est plus difficile que ce à quoi je m'attendais. A la sortie de Roth on doit franchir une petite colline boisée (dur pour les jambes la grimpette juste après le vélo :-(   ) puis traverser une petit zone industrielle jusqu'au canal. Là il faut faire un long aller retour sur le chemin de halage du canal vers le Nord puis une seconde grande boucle par le sud avant de revenir sur Roth.

Encore une fois l'organisation est irréprochable. Il y a des ravitaillements tous les 2 km avec éponges, eau, coca, boissons isotoniques, bananes... A l'extrême nord et sud du canal les athlètes traversent un village dans lesquels sont aussi installés des Hotspot. Le soutien du public fait vraiment la différence sur le marathon car c'est là que se jouent les minutes mais aussi parfois les abandons.

Grâce à l'entrainement et une gestion en prudence de la fin deux vélo, le début du marathon passe assez bien à part la côte en forêt qui fait mal aux mollets et au moral. Heureusement la température est assez fraiche (22/23°C ?) ce qui facilite l'épreuve. Apres 6 km je me rends compte que je suis un peu lent (5'40 au kilomètre) et je m'oblige à mettre un peu plus de rythme tout en restant patient. Je fais aussi attention de ne pas trainer dans les nombreux ravitaillements. Je marche pour prendre  un verre de coca, d'eau et parfois un morceau de banane ou un bretzel pour le sel mais je reste concentré sur la course.  
Je surveille ma vitesse régulièrement et oscille autour de 5'15 / 5'20 au kilo.

Je sais aussi que copains sont là et que l'on va pouvoir observer les positions des uns et des autres.
Sur un ravito j'ai à peine le temps de voir Vincent qui a manifestement mis le turbo. Je sais aussi que pas loin derrière moi il y a Guillaume et Fabrice grand spécialiste en course à pied. Vers le km 15 je les croise, à quelques secondes l'un de l'autre. Guillaume semble bien concentré, Fabrice est vraiment rapide avec une foulée puissante. Je sais qu'il va me croquer dans quelques kilomètres. Cela sera chose faite vers le 27eme km.

Lors de la deuxième boucle, longtemps après Fabrice je croise Guillaume qui semble à la peine mais toujours vaillant. Pour ma part à partir du 35eme kilomètre je ne suis plus du tout "souple". Les jambes sont dures et douloureuses... je gère tant bien que mal. Je m'appuie sur le public et aussi de voir tous ces athlètes qui marchent me donne la volonté de ne pas sombrer.

Anne est à l'entrée de Roth pour m'encourager il ne reste que 3 kilomètres avant l'arrivée. Fini la grimace et les douleurs, il faut profiter des derniers instants.



Voilà enfin le stade et la finish line!


Le Marathon est bouclé en 3h45, dans l'objectif.
Je fini le Roth Challenge en 10h18 et 421eme au scratch sur environ 3,500 personnes. Génial !


Race info

splittimeplace
Swim01:11:131023
Trans 100:05:241560
Bike05:13:41458
Trans 200:02:52824
Run03:45:03450

totals

place (M/W)421
place (ag)60
time total (brutto)10:18:11
Conclusion

Quelle chance de pouvoir préparer et faire ce type de course. Une semaine après je suis encore sur mon petit nuage. Tout s'est bien passé, j'ai eu de bonnes sensations pendant la course et sauf à la fin je n'ai pas "subi" la distance. La magie du Triathlon c'est aussi que la récupération est bien plus facile que sur la course à pied.

Bon accessoirement l'allemand Jan Frodemo, vainqueur de l'Iron Man d'Hawai 2015, a surpassé l'épreuve en 7h35 (nouveau record) et occulté les performances du club qui aligne pourtant deux athlètes sous les 10 heures !

Aller à Roth est comme une chasse au trésor, c'est une entreprise hasardeuse. C'est loin, mal desservi, la logistique sur place compliquée. A coté de cela, l'organisation est exceptionnelle. Tout est pensé et conçu pour les athlètes et le public. C'est une grande fête du triathlon à l'échelle XXL et l'ambiance est incroyable. En tant que triathlète il faut vivre cela une fois " SI TU N'AS PAS VU ROTH, TU N'AS RIEN VU ".

J'étais déjà un Iron Man" mais me voilà donc "Challenger" (vu que Roth a perdu le label Iron Man et est devenu Datev Roth Challenge). Certes cela sonne moins bien mais l'expression "Roth c'est la Mecque du Triathlon longue distance en Europe" n'est pas usurpée.


4 commentaires:

  1. Top ce récit. Pas étonnant
    Que les slots partent si vite... Quelle perf !! Un grand bravo ! Une saison d'ores et déjà réussie !

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  3. Récit très intéressant,un grand bravo au champion !

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  4. Impressionnant, bravo et bravo aussi à la supportrice, coach, logisticienne , kinésithérapeute, psychologue, conductrice, infirmière, nutritionniste ....etc
    :.))
    Pierre

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