lundi 26 août 2013

IronMan Zurich 2013 DNF - Tout perdre...



Une année s'est écoulée depuis Frankfurt où j’avais pu faire 9h52 malgré une prépa perturbée par des pépins physiques et les enfants.
Là, ce sera également compliqué puisque nous avons eu une petite fille en avril. Pourtant cela n’aura que très peu d’influence au final car hormis les nuits courtes du début; pour la première fois je ne me blesserai pas et surtout mes enfants m’éviteront des week-ends aux urgences. C’est parfait ! En plus j’ai le droit à mon congé paternité placé idéalement avant mes 15 jours d’affutage…
Et comme tout s’est bien déroulé durant la prépa, j’arrive hyper confiant à Zurich, bien décidé à descendre sous les 9:30 et une place dans les 50 premiers au scratch et faire un top 10 parmi les 620 concurrents de ma caté. En plus j’ai un vélo contre la montre qui me fait avancer bien plus vite ! Ca va le faire, y'a pas de raison. Par contre je n’ai pratiquement pas eu le temps de nager de l'année, mais les derniers entraînements en bassin de 50m m’indiquent que je suis revenu au même niveau qu’il y a un an.

Donc pour en revenir à mon congé paternité en pleine canicule, j’ai pu en baver en montant pour la première fois à 20h d'entraînement hebdo. Les sorties longues sur le cagnard me mettent à genou et je souffre énormément surtout que je me force à gambader aux heures les plus chaudes. En effet à Zurich 37°C sont annoncés durant la course. Ca va être une boucherie. Pourtant à la fin de mes 15 jours, je sens que mon corps s’est relativement adapté aux grosses températures. Cool…

La natation se fera évidemment sans combinaison. En  effet la température du bassin est à 26,5 degrés. Dire qu’il y a 2 mois à peine je nageais à Troyes dans une eau à 11 degrés !
Hop en trifonction rouge et noire comme à Frankfurt, juste par superstition ! Je suis motivé comme jamais. Je me sens vraiment fort. J’ai bien fait gaffe à l’hydratation les jours précédents. Egalement à la nourriture. J’ai perdu 2 autres kilos sous les fortes chaleurs et suis tout sec !
Le coup de canon donné, je me retrouve pris dans la machine à laver. Ca bastonne comme jamais et me prends des coups sans cesse. Quel cauchemar. Pourquoi ne pas m’être mis sur les côtés ? Bref, ça ira mieux au bout de 700-800m quand les champions du sprint commenceront à tirer la lanque.
J’ai des super sensations, jamais ressenties. Musculairement les épaules tournent toutes seules, aucune douleur à déclarer. Génial, quel pied ! Si je continue comme ça, je vais descendre sous les 1h05, ce qui serait pas mal pour mon niveau. Sortie à l’autralienne nickel, j’en profite pour saluer ma femme et repars. Je prends des pieds, truc que je ne fais jamais et nage toujours à l’économie en m’appliquant du mieux que je peux.
Je finis à un moment donné par trouver le temps long et consulte ma montre. 1h06 et je la berge est toujours loin. C’est pas possible, pas avec ces sensations là ! Et pourtant je poserai pied à terre à 1h12, impensable et première claque. Et oui, ma vieille trifonction détendue par les passage en machine a fait office de parachute et m’a considérablement ralenti. Les meilleurs nagent en shorty ou en jammer, c’est qu’il y a une raison. Expérience à garder pour plus tard…

Un peu surpris par le médiocre chrono


Pas grave. Ma copine m’annonce au moins vers la 250è place et une quarantaine de mon groupe d’âge sont devant. Va pas falloir traîner en vélo. Bonne transition, j’enfourche mon Black Mamba où l’objectif fixé par mon coach est de 5h05 avec un wattage quasi équivalent à l’année dernière. Que nenni, je sais que j’ai 5h00 dans les jambes, mais je le garde pour moi !

La mise en jambe est difficile, j’ai un peu de mal à appuyer mais bon, si c’est comme à l’entraînement, ça va rentrer dans l'ordre au bout d’une heure. ET c’est ce qui va se passer. Ma moyenne est très bonne vers 39-40km/h. Qu’est ce que je suis bien, le parcours est magnifique en plus avec des passages en campagne vallonée avec vue sur le lac. Ca en jette ! De mon côté les km défilent sans m’en rendre compte. Je boucle les 40km en 1h01 et une seule fusée m’a dépassé. Je commence ma remontée. La principale difficulté me permettra de reprendre des quantités de concurrents. Faut dire qu’elle ça ne pardonne pas. C’est bon, je continue sur ma lancée et avale les 90km du premier tour en 2h25 avec 800m de D+. Impensable, je suis sur les bases de 4h50, bien en dessous de ce que j’espérais dans mes rêves les plus fous. En plus je suis pile poil à la bonne puissance.
Je commence à faire mes calculs car avec la chaleur qui monte, monte, monte, je vais surement faiblir un peu, mais bon au final ça devrait être bouclé vers 4h56-4h57. Ca me gonfle à bloc, surtout que je n’ai pas de signe de faiblesse contrairement aux cadavres que je ramasse au fur et à mesure.
Je suis sur le même rythme qu’à la première boucle. J’ai remonté en comptabilisant une trentaine de concurrents de mon GA. D’ailleurs 3 se tapent la bourre et les rejoins. Impossible de m’en défaire. Forcément, plus j’avance et plus ils seront forts. Ce sera comme ça pendant une vingtaine de km. Ma vitesse ne faiblit quasiment pas. Mon organisme gère bien la chaleur et en profite pour m’arroser copieusement à chaque ravito. J’attends avec impatience la montée de « the beast » pour tenter de les lâcher. Et c’est ce qui va se passer. Dès le début j’accélère pour faire le trou. Que c’est dur, vu que je ne peux utiliser mon petit plateau ! Je reste sur la plaque, mais je contrôle les watts et fais gaffe à ne pas dépasser les 300W pour ne pas me griller car je sens que je monte en température. J’ai en ligne de mire une pro et me fixe l’objectif de la rejoindre avant le sommet. Je me retourne et n'aperçois plus mes sangsues. Cool ! Hop je rejoins la pro, mais ce fut dur. Place à la descente. Pour récuperer avant le second tape cul quelques km plus loin. Je sais à ce moment là que c’est gagné et que je passerai sauf catastrophe sous les 5h00. Je rattrape également le français qui a gagné son groupe d’âge 40-44 l’année dernière et qui avait fini 16ème au scratch. C’est évident que je suis bien classé désormais. Et surtout il reste 35 bornes. Que peut-il se passer désormais ?

Encore la pêche, mais plus pour longtemps


Je suis instinctivement ma concurrente dans un virage en m’arrosant le visage d’eau. A fond la caisse, je prends pas mal de risques. A tel point que je vais rater un des virages pour me prendre une buche monumentale… dans du terreau. Incroyable, j’aurais pu me fracasser tous les membres et le vélo avec. Et pourtant rien. Mon genou gauche a claqué contre le cadre et mon pied gauche n’a bizarrement pas déchaussé… aïe, mais bon plus de peur que de mal.
Allez je dois remettre tout dans l’ordre. La fouche, le cintre, les roues, les freins. Tout a bougé. Par contre aucun concurrent me double, sauf la pro qui me rejoins pour me suggérer que l’on s’est planté de chemin. Et là c’est le drame car j’ai descendu hyper longtemps sur au moins 2-3 km et il va falloir se taper la remontée. J’ai le moral en vrac, mais bon faut y retourner. J’ai des courbatures surement causées par la crispation de la chute. Quel con me dis-je, mais pourquoi je l’ai suivie ? Tout perdre à cause de ça, d’une simple erreur d’inattention. 


Et là, c'est le drame... ne jamais se fier au sens de l'orientation féminin


Assez ressassé, il ne faut pas que j’oublie de m’hydrater. J’ai paumé toute la boisson contenue dans ma gourde au cadre (munie d’un tuyau). Mais également le bidon à l’arrière de ma selle. Aïe ! Cette fois, ça ne sent pas bon du tout car le prochain ravitaillement n’est pas avant au moins 20 bornes. Et 35 min sans boire quand il fait 36°C dehors... 
La remontée est dure et je force comme un sourd pour limiter la perte de temps. En haut j’aperçois enfin des concurrents. Et commence à avoir soif… Je quémande à qq athlètes mais force est de constater que la solidarité n’est pas toujours de rigueur… pas "grave", je ferai sans. Les premières crampes font leur apparition pour devenir rapidement encombrantes. Tout les muscles de mes jambes y passent et ne peux plus appuyer sur les pedales sans en déclencher une. Cette fois la course est finie car pas expérience, je sais qu’il est impossible de performer (contrairement à la fringale) quand l’organisme est déshydraté. Je n’ai pas le temps de tergiverser, car ma seule préoccupation est de boire.
Une fois avoir fait le plein de flotte pour finir au moins vivant, je constate que mes crampes ne cessent toujours pas. Ma vitesse est ridicule comparé à l’aller et surtout, j’ai le moral dans les chaussettes. Je m’en veux à mort de gacher une année de préparation et repense à mes collègues et ma famille qui doivent être dégoutés.
Je commence à envisager l’abandon, moi qui tance ceux qui abandonnent pour un rien dès que c’est difficile. Je vais faire comme eux. Mais pourquoi ne pas rebondir dans les prochaines semaines car il y a également Vichy ou le Chtriman pour me refaire la cerise. Mais si je fais ça, je vais devoir m’entraîner durant mes congés estivaux… bref tout ce que je voulais éviter.

Je pose le vélo finalement en 5h15 et perds 20min sur le premier tour. Mais plus inquiétant, c’est que j’ai mal au genou gauche et j’ai des crampes partout. Je décide quand même de courir au moins les premiers km du marathon juste pour valider la vitesse et les sensations musculaires. Et pourtant à ma grande surprise, tout va rentrer dans l’ordre progressivement. Simplement, je n’ai plus envie, surtout que si je le termine par fierté, je ne pourrai rebondir avant au moins mi-septembre. Ensuite adieu half de Royan, Natureman… bref ça ne va pas le faire et décide d’arrêter les frais au bout du 5ème km en passant devant femme et amis encore plus déçus que moi. 

Il fait très très chaud et le moral au plus bas.
Je prendrai vraiment un coup de bambou en regardant le classement. Comme prévu le marathon fut une hécatombe et personne ne descend sous les 3h, y compris les cadors pro. En 35-39, ça se gagne en 9h12 et le 3ème fait 9h40. Le dixième 9h58. Peut-être que j’aurais explosé sur le marathon, peut-être pas… mais peut-être que je n’aurai plus jamais l’opportunité de me battre pour un podium, accessible dès cette année.

Le pire c’est qu’au moment où je suis la douce nana pro vers le chemin fatal j’avais le 3ème temps  vélo sur 620 avec pratiquement 5 min d’avance sur le 4ème. Bien meilleur que ce que j'imaginais.
A l’hôtel je vois qu’il y a un autre Ironman à Copenhague, non complet, dans 3 semaines, le 18 août. Ca me remotive et décide donc de m'inscrire sur un coup de tête, même si le parcours tout plat ne me correspondra pas forcément. Quid de mon pic de forme, maintenant qu’il est passé ? 2 jours de repos et hop je reprends la route de l'entraînement pour mon prochain objectif dans 3 semaines chez les vikings. Et ce ne sera pas forcément mieux...


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